Plaidoyer contre Google Wave

google wavePersonne ne peux passer à côté de la caisse de résonnance générée en ce moment pas Google Wave, le nouvel outil de communication lancé par Google.

Pourtant, je reste largement réfractaire au système pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, Google Wave part d’un principe intelligent qui est de redéfinir l’eMail et toute notre manière de collaborer en ligne à plusieurs.

Ambition de Google Wave

C’est vrai que l’eMail a été inventé il y a 40 ans et il paraît concevable de vouloir lui donner un coup de fouet en partant du principe que ce n’est pas très pratique de collaborer via ce système. Par exemple, dans une entreprise, une idée germe entre deux créatifs sur un échange d’eMail, puis va se transmettre aux ingénieurs. Google pense que ça devient vite indigeste de bosser sur un eMail qui se transmet de personne en personne.

Du coup, table rase sur l’eMail et tous les autres systèmes de collaboration pour entrer dans le système Google Wave.

Sauf que…

Souci éthique

Premier gros problème que j’ai avec cette invention se tient sur le plan éthique. En bref, y en a marre de Google ! Depuis que je fais du Web professionnellement, ce moteur de recherche devenu Grand Maître du Web nous tient par les couilles. Mon chiffre d’affaires dépend de Google, ma recherche sur Internet s’effectue sur Google, mon tchat se passe sur Google, ma discussion sur les vieux ordinateurs Apple se passe sur Google, mes sites Web sont contrôlés par Google, je lis mon actu sur Google, certains de mes blogs sont hébergés par Google, etc. La suprématie Google va trop loin et Wave ne présage rien de bon si c’est vraiment la révolution que certains veulent bien laisser entendre. J’avais vu une conférence sur Ted qui expliquait comment le Web dans 5000 jours serait un seul serveur reliant tous les utilisateurs. C’est effrayant de voir cette vision se réaliser et surtout savoir que c’est le serveur Google dont il s’agit.

Absence du réel besoin

Ensuite, je n’ai vraiment pas besoin de Google Wave. Certes, l’eMail a été inventé il y a 40 ans, mais ça marche très bien pour mon utilisation personnelle et professionnelle. S’il s’agit de collaborer, on n’a pas attendu Google Wave pour bosser à plusieurs. J’ai de puissants outils à disposition qui fonctionnent à merveille. Lorsqu’il s’agit de faire une conférence à plusieurs, nous avons Skype qui est déjà largement répandu. Si jamais tout le monde est sous Mac comme ma famille, on peut se diriger vers iChat qui est encore plus merveilleux. Le cœur de mon métier consiste à faire des audits de sites Web pour lesquels je dois ensuite valider les modifications techniques effectuées par des développeurs ou webmasters. Pour cela, j’utilise Mantis qui est spécifiquement conçu pour valider les modifications techniques liées à un projet Web dynamique. Si jamais, je veux publier un site Web collaboratif, c’est clairement WordPress qui s’y colle et pourquoi pas un Wiki. Ce sont les premiers exemples qui me viennent à l’esprit, mais Internet pullule de solutions adaptées à chacun des besoins collaboratifs. Pourquoi faudrait-il changer tout cela sous prétexte que Google l’a dit ? Peut-être que Google Wave correspond au besoin de certains, mais absolument pas à 99,99% des personnes qui se sont déchainées pour avoir une invitation.  Normalement, on définit un besoin, puis on recherche l’outil qui correspond le mieux à ce besoin. Dans le cas de Google Wave, je vois tout le monde se décarcasser pour essayer d’en faire quelque chose, alors qu’ils n’ont fondamentalement pas besoin de cet outil.

Le buzz de la vague

Franchement, ça me fait glousser de voir tout le monde prêt à tailler une pipe pour une invitation Google Wave. Auparavant, c’était le même  symptôme pour les invitations Gmail et Google a parfaitement compris que la technique consistant à restreindre le nombre d’utilisateurs au lancement d’un produit va provoquer une hystérie collective. C’est un sentiment humaine ; quand on voit un truc auquel on n’a pas accès, on veut encore plus en faire partie. C’est avec le réseau social Orkut que Google a mis en œuvre cette stratégie, dont l’efficacité n’est plus à prouver.

Beta testeurs de pacotille

Prétendre que les 100 000 premiers utilisateurs servent de Beta Testeurs me fait encore plus rigoler quand on sait qu’un service Google mis en service de la sorte est déjà en développement depuis 2 ou 3 ans. C’est génial de faire croire au premier troupeau qu’ils vont contribuer à faire avancer ce projet. Pour info, les outils Google restent en version Beta pour de nombreuses années après être mis à disposition du grand public. L’éventuelle contribution d’un utilisateur a peu de chances d’aboutir si j’en crois les développements observés sur Gmail ou ailleurs. Admettons que les 100 000 « invités » décident d’envoyer une seule contribution. Combien vont se retrouver dans la version finale ?

Adhésion irrémédiable

Il est clair qu’un jour ou l’autre, je vais devoir adhérer à Google Wave. Avant son lancement, j’avais même envie d’avoir mon invitation comme tout le monde. Puis rapidement, j’ai vu en quoi ça consistait et surtout comment nous allons encore plus nous enfourner dans le gosier du glouton Google.

Tous mes potes du Web sont déjà sur Google Wave, mais j’ai le temps de voir venir avant qu’un véritable projet collaboratif nécessite mon adhésion. Pour l’instant, ils ne font que boire la tasse. J’espère que l’obligation d’embrayer dans la vague viendra le plus tard possible…

Rester rebelle

Quant à remplacer mon eMail ? Mouarf, ça fait 20 ans que j’utilise ce système et je n’ai aucunement envie ou besoin d’en changer. Tout le monde n’a pas besoin de Google Wave. C’est juste un symptôme artificiellement créé par Google pour enclencher la machine du marketing viral (on dit « buzz » de nos jours).

Allons, un peu de volonté et ne plongez pas dans cette vague qui profite seulement à son créateur, mais pas du tout concrètement à votre besoin.

Laissez le troupeau de moutons faire le jeu du Dieu Google et posez-vous plutôt en rebelle contre cette suprématie malsaine. Comme Salya démontre dans son billet à propos du totalitarisme Google, il faut s’insurger contre ce monstre qui est en train de dévorer le Web.
Adhérez au Mouvement de Lutte Contre Google Wave !