2026 ne sera pas l’année de l’IA

Ce sera celle où chacun comprendra enfin ce qu’il a laissé aux autres.

Depuis deux ans, le débat sur l’intelligence artificielle est hystérisé.
Trop d’enthousiasme d’un côté, trop de fantasmes de l’autre.

Au milieu, une réalité plus simple, presque décevante : l’IA ne fait rien de spectaculaire.
Elle fait surtout ce que nous faisions mal, lentement ou sans plaisir.

C’est précisément pour cela que 2026 va marquer une rupture.
Non pas technologique, mais humaine.

Les modèles ne sont plus le sujet. Et ne l’ont jamais vraiment été.

On a passé un temps absurde à comparer des modèles comme s’il s’agissait de cerveaux concurrents : qui raisonne le mieux, qui écrit plus finement, qui “comprend” vraiment.

Aujourd’hui, j’ai eu le plaisir de me faire taper dessus par ceux qui sont tombés amoureux de Claude 4.5.
Il faut construire avec la robustesse en ligne de mire.
Faire des choix de hipster sur le court terme n’a rien de robuste.

Le problème, c’est que j’ai raison.

Ce débat s’éteint naturellement, parce que les écarts se réduisent et, surtout, qu’il ne produit aucun avantage réel sur le terrain. Lorsqu’un changement de modèle ne modifie ni la qualité du travail ni la prise de décision, le modèle cesse d’être un facteur stratégique.

Ce qui fait la différence aujourd’hui n’est pas l’outil, mais l’endroit où il s’insère.
Dans un flux de travail existant.
Dans une habitude.
Dans un environnement déjà maîtrisé.

C’est pour cette raison que la bataille se joue sur l’intégration, et non sur l’intelligence supposée. L’IA qui gagne est celle que l’on utilise sans y penser.

Les agents autonomes font rêver, mais la valeur se crée ailleurs.

L’idée d’une IA autonome, capable de travailler seule et de produire des résultats exploitables sans supervision, flatte un imaginaire ancien : la délégation totale, sans friction ni responsabilité.

La réalité est plus prosaïque.
Dans les organisations qui produisent réellement de la valeur, l’IA est utilisée comme un amplificateur de processus, et non comme un remplaçant du jugement.

Elle prépare.
Elle trie.
Elle propose.

Mais la décision reste humaine, parce que la responsabilité l’est aussi.

Les gains mesurables viennent de là : non d’une autonomie fantasmée, mais d’un découpage intelligent du travail, où l’IA prend en charge ce qui est répétitif et l’humain conserve ce qui engage.

La compétence technique cesse d’être un statut. Elle redevient un outil.

Pendant longtemps, le savoir-faire était un avantage concurrentiel en soi.
Ce n’est plus le cas.

L’IA a rendu exécutables des tâches auparavant réservées à des profils spécialisés. Pas parfaitement, pas magiquement, mais suffisamment pour changer l’équilibre.

Cela ne signifie pas que la technique disparaît.
Cela signifie qu’elle ne protège plus.

La valeur se déplace vers ceux qui comprennent le contexte, les enjeux, les conséquences. Ceux qui savent quoi demander, quoi vérifier, quoi refuser. L’expertise métier reprend une place centrale, non contre la technique, mais au-dessus d’elle.

Le vrai goulet d’étranglement s’appelle le contexte.

Les modèles savent beaucoup de choses.
Ce qu’ils ne savent pas, c’est ce que vous savez.

Ils ignorent vos objectifs réels, vos arbitrages passés, vos contraintes internes, vos renoncements aussi. Aucune instruction bien formulée ne compensera un contexte absent ou mal structuré.

C’est là que beaucoup échoueront : non par manque d’IA, mais par incapacité à organiser leurs informations. Des fichiers dispersés, des décisions non documentées, des logiques jamais formalisées.L’IA ne crée pas l’ordre.
Elle exploite celui qui existe déjà.
La publicité dans l’IA n’est pas une trahison, c’est un mécanisme.

L’indignation est prévisible. Elle est même confortable.
Mais elle évite de regarder le problème en face.

Une IA performante a un coût.
Si ce coût n’est pas payé directement par l’utilisateur, il est payé autrement.

La publicité n’est pas idéale.

Elle n’est pas élégante.
Elle est fonctionnelle.

Sans elle, l’IA devient un produit réservé à une minorité.
Avec elle, l’accès reste ouvert, au prix d’un compromis déjà accepté partout ailleurs.

Personne n’aime la pub, mais elle permet de mettre à la disposition des merveilles de technologie au plus grand nombre.

Prépare-toi à l’arrivée de la pub dans les Chatbots IA.

Le basculement décisif ne se produira pas à l’écran.

Ce qui change profondément, ce n’est pas la conversation avec une machine, mais l’intégration de l’IA dans des systèmes physiques : véhicules, machines, infrastructures.

Des objets qui ne se contentent plus de fonctionner, mais s’améliorent.
Des actifs qui ne se déprécient plus automatiquement avec le temps.

C’est là que la rupture sera la plus lente à accepter et la plus durable.

Ce que 2026 impose, sans demander l’avis de personne

Nous entrons dans une période où l’expertise n’est plus acquise, mais temporaire. Où apprendre vite vaut plus que savoir beaucoup. Où s’accrocher à un statut est plus dangereux que de reconnaître une zone d’ignoranc.e.

L’IA ne remplace pas l’humain.
Elle révèle ceux qui avaient cessé d’évoluer.

Et c’est probablement ce qui la rend si inconfortable.