Murdoch contre Google ou la fin d’un règne

Le combat entre Google et MurdochLa joute qui se déroule en ce moment entre Rupert Murdoch – le magnat de la presse internationale – et Google – le grand ordonnateur du Web et au-delà – évoque beaucoup plus qu’une affaire de gros sous.

Quelles sont les forces en présence et les conséquences de cette lutte ?

Ce qui semblait être un coup de gueule de la part d’un des plus gros patron de presse au monde, révèle plutôt un bouleversement de proportions dantesques.

Le vieux lion contre le jeune loup

Pour replacer dans le contexte, je rappelle que Rupert Murdoch est l’homme le plus dangereux du monde. Les centaines de médias majeurs possédés par cet homme peuvent déclencher les pires maux possibles et imaginables au sein d’une société. Un simple exemple en 2003 avec les 175 journaux de Murdoch qui soutenaient unanimement la guerre en Irak.

Ces médias représentent la vieille école : télévision, presse et radio. Sans avoir besoin de décodeur, tout le monde a compris que l’ancien modèle médiatique se faisait dégager aussi vite qu’un pet glisse sur une toile cirée.

De l’autre côté du ring, se dresse Google, le glouton du Web qui moissonne tout sur le passage de son algorithme. Il a suffit d’une demie décennie pour que ce moteur de recherche avale les données de la planète entière.

Le combat pour la ceinture des poids lourds de l’info était jouée d’avance. Il semblerait donc que l’année 2009 va s’éteindre avec l’effondrement total du paysage médiatique tel que nous l’avons connu.

Il ne peut y avoir qu’un seul maître du monde. Murdoch pousse un dernier rugissement, mais l’ogre du monde virtuel l’a déjà décapité depuis belle lurette.

Histoire d’une défaite annoncée

Car il ne faut pas se faire d’illusion. Aussi hallucinant que ça puisse paraître, Google s’est farcit Murdoch et sa News Corporation dès le premier jour du lancement de Google News. Un algorithme mathématique appuyé par des serveurs a fait un barbecue avec la presse traditionnelle par une méthode tellement efficace que ses propres créateurs ne pouvaient sans doute pas imaginer.

Ce qui m’étonne est que Murdoch ait attendu que le Glouton ait déjà tout dévoré avant d’aboyer de la sorte. Après avoir beuglé, le vieux lion s’est crû malin en se tournant vers l’adversaire le plus puissant en face de Google. Les discussions actuelles entre Murdoch et Microsoft s’apparentent à se tenir par le petit doigt sur une bouée crevée au milieu d’un ouragan. Il aurait peut-être été sage d’informer Murdoch que Google avait fait du petit bois de Microsoft depuis bien longtemps. Sur le Web, il n’y a qu’un seul prédateur et son nom ne commence pas par M.

De l’autre côté, le prédateur Google se contente de cracher dédaigneusement à la face de  Murdoch et son empire, en expliquant que les sources d’information sont libres de ne pas figurer dans son agrégateur d’actualités. En guise, de gros molard soufflé sur les lunettes du vieux Murdoch, Google rappelle que son service d’actualité dépote 100 000 visiteurs à la minute.

A la base, Google est un voleur de contenu. Il s’approprie le travail d’autrui pour alimenter sa machine à indexer. Personne n’a bronché ; bien au contraire, tout le monde s’est empressé d’alimenter le monstre. Donc, Google a continué d’avaler tout ce qu’il pouvait trouver comme données sur Internet, puis il s’est attaqué au reste…

L’enjeu est simple, mais le résultat sera déterminant pour la face du monde médiatique et bien plus encore.

Logiquement, il faudrait que Google paye pour diffuser les sources d’information. Sauf que maintenant, il est trop tard puisque les millions d’internautes atteints de googlïte aigüe représentent un levier surpuissant. Aujourd’hui, la tendance est complètement renversée ; c’est Google qu’on doit logiquement grassement payer pour recueillir une fraction d’électron de son énorme trafic.

Une entité qui n’est pas capable d’attirer l’attention, sans se retourner contre un tel pourvoyeur de visiteurs, a avoué sa faiblesse. En bref, la News Corporation de Murdoch doit disparaître car il n’est pas possible d’exister sur Internet sans Google. Le monstre est devenu trop puissant pour lutter, même quand on s’appelle Murdoch. L’homme le plus dangereux du monde s’est fait détrôner par une formule mathématique, sans qu’un seul coup de feu soit tiré. C’est peut-être là qu’est le problème. Le vieux brigand était affuté pour lutter contre les plus puissants et vicieux de la planète, mais il n’était pas préparé à affronter ces jeunes de la Sillicon Valley qui proposent gratuitement des outils très utiles aux internautes.

Rien n’est jamais gratuit

Voilà, nous venons d’apprendre la fin du monde tel que nous l’avons connu. La gratuité de Google News et des autres services associés au moteur de recherche sont un bienfait pour l’utilisateur. Ces outils géniaux sont une aubaine pour vous et moi qui bénéficions  sans bourse délier. Sauf que le prix à payer est peut-être beaucoup plus important que le prix d’un quotidien papier ou d’une licence pour un webmail. Je suis loin d’être le seul à décoder clairement où Google nous entraine, mais ceux qui dirigent le monde sont nuls au point de n’avoir rien vu venir ?

Vous devriez acheter un exemplaire de votre journal préféré le 31 décembre 2009 car c’est peut-être la dernière fois que la Saint Sylvestre sera célébrée sur un quotidien en papier.