Mon dernier billet sur l’hypocrisie de l’agence référencement Publika ayant divisé les visiteurs en deux camps, je pense qu’une mise au point est nécessaire.
D’un côté, il y a ceux qui pensent qu’on peut dénoncer un comportement malsain et de l’autre il y a ceux qui pensent qu’un « lynchage public » sans somation est malvenu. Que ça fasse de la pub au « lynché » ou tout simplement « parce que ça ne se fait pas », je n’aurais pas du dénoncer Publika.
Quelques infos en plus
Pour commencer, j’ai bien envoyé des salves de somation via Twitter le 1er septembre. J’ai même laissé tout le temps nécessaire pour attendre une réponse. Sauf que le silence de Publika m’a justement donné envie d’aller jusqu’au bout. Ayant averti l’agence de mon intention, je ne sais pas pour quelle raison ils n’ont pas réagi car c’est plus facile de désactiver une émanation négative en amont. Ou alors ils ne surveillent pas du tout leur caisse de résonance et c’est encore plus grave que je ne le pensais. Le truc embêtant à propos de l’affaire Publika est que je connais le fondateur de l’agence. J’ai réalisé mon erreur seulement le lendemain de la publication. De plus, nous évoluons dans un cercle qui dépasse largement le référencement et même Internet. Sur le coup, ooops la boulette. Tant qu’à faire, il valait mieux taper sur une entité avec laquelle je n’ai aucune affinité. Les sagouins du SEO ne manquent pas à l’appel, mais le cas Publika est exemplaire puisque c’est la façade en contradiction avec la réalité qui me dérange.
Le fond du problème
Certains pensent que c’est inadmissible de dénoncer en public. Seulement, je me demande pourquoi ça pose autant de problème avec une agence, tandis qu’il n’y a pas eu le même reflux outré quand j’ai démasqué le fake Twitter de Dan.
Par ailleurs, Mediapart peut pendre Woerth ou l’Equipe fracasser Domenech, mais je ne pouvais pas mettre Publika au pilori.
Ce qui ne va pas dans le secteur du référencement concerne les abus par certains qui prennent les clients pour des pigeons. L’autre souci est en relation avec l’incompétence qui est tout aussi impardonnable car la maîtrise des fondamentaux est le minimum syndical avant de s’improviser référenceur. Au delà de ces deux volets, règne une zone floue qui est inhérente à notre métier. Nous ne pratiquons pas une science exacte et il n’y a jamais rien de garanti ; cela peut provoquer quelques remous ou incompréhensions.
Pour dénoncer les référenceurs charlatans, on voit régulièrement apparaître un billet aigri par une personne extérieure au secteur. Bien évidemment toujours à côté de la plaque, l’auteur fourgue tous les référenceurs dans le même panier. Ce type de billet manque énormément de crédibilité car il émane d’une personne qui n’a pas appréhendé toutes les subtilités du métier. D’ailleurs, les deux derniers qui ont osé critiquer les référenceurs se rappelleront toute leur vie des concepts de fraternité et solidarité dans le milieu.
De mémoire, j’ai lu un seul article qui citait des noms et publiait le résultat du travail. Sauf que je ne retrouve plus l’article en question. Il restait bien neutre, laissant à chacun de juger l’abus évident dans la prestation. C’était un comparatif d’audits et prestations pour un site de casino, mais le billet a disparu… Voici tout de même le fameux audit référencement dont je vous laisse juger la qualité.
Un autre exemple de coup de gueule nous parle des devis en ligne de boutiques e-commerce.
Cela arrive de tomber sur des clients mécontents dans les forums. Sauf que le Code Civil passant par là, il est délicat de nommer le prestataire. Voir les déboires de Mathias à ce sujet. Bien sûr, c’est plus courant de se lâcher sur un forum que dédier un blog entier comme Mathias, mais le responsable des lieux va logiquement se préserver en modérant ce type d’accusation publique.
J’ouvre une parenthèse au sujet du client mécontent car c’est inévitable. En ce moment même, j’ai affaire à un tout petit client qui se croyait grand. En général, les fautes sont partagées. Dans ce cas, c’est ma faute d’avoir été trop gentil et doux sur le prix, pour finalement se retrouver accusé de « péter un plomb ». Mon expression préférée est que certains veulent le beurre, l’argent du beurre et la crémière avec. Du côté client, il semble normal que tout soit un dû. Nous avons tous eu cette approche en tant que client. Le vendeur est à notre service inconditionnel du moment qu’il y a eu achat du corps et de l’esprit à l’aide d’espèces sonnantes et trébuchantes. Deux pensées contradictoires s’affrontent, se dirigeant indéniablement vers le clash. Étant donné mon manque reconnu de diplomatie, le résultat ne se fait pas attendre lorsque je m’aperçois qu’on commence à prendre les vessies pour des lanternes. Heureusement que cela représente une fraction infime puisque j’ai un conflit moins d’une fois toutes les années bissextiles. D’ailleurs, faut-il vraiment avoir une réputation sans tâche et sans reproche ? Est-ce crédible de vivre dans un monde de Bisounours où tout se termine par un câlin et une danse ?
Les escrocs et les autres
Je reviens sur le sujet du jour en discutant du fossé qui existe entre une prestation qui se passe mal de temps en temps et ceux qui font vraiment du sale boulot, faisant passer le référencement pour une arnaque menée par rien d’autre que des escrocs. Alors, que fait on avec ces escrocs ?
Les dénoncer publiquement fait de la publicité gratuite d’après certains. C’est un vieux dicton de la communication qui dit ça, mais demandez à BP ou Woerth si toute publicité est bonne à prendre. Ce genre de raisonnement provient d’un autre âge ou la propagation fulgurante sur le médian Internet n’était pas de mise.
L’autre argument est qu’on ne lynche pas. Ok, la presse peut dénoncer à tort et surtout à travers, mais un blogueur doit la boucler ? Là je ne pige pas le raisonnement. Parmi les commentaires négatifs, je n’ai pas encore lu un argument valable sur la raison qui dicte l’interdiction de dénoncer. Et ne cherchons pas non plus à atteindre le Point Goodwin…
Omerta
Un argument beaucoup plus sournois concerne l’Omerta qui règne dans le milieu du référencement et globalement en France. Chut ! Ne parlons pas des choses qui fâchent.
Bien entendu, je ne suis pas là pour changer les mentalités. Le référencement n’est pas le seul secteur où on lave notre linge sale en famille ; surtout ne faisons pas de vague en dehors du microcosme. C’est donc via liste de discussions ou forums privés qu’on va se délecter à pourfendre la cible du moment. D’ailleurs, c’est pas ce biais que j’ai pris connaissance du cas Publika.
Déjà qu’on pratique une certaine langue de bois, il ne faut pas non plus pousser l’hypocrisie trop loin. La langue de bois est en rapport au savoir qu’on partage aisément, mais pas tout quand même. Chacun garde sous le coude un certain volume d’acquis qui sera distillé au compte goutte ou en temps voulu.
Pour finir
Mon seul regret est d’avoir dénoncé une agence dont je connais le fondateur dans un cadre hors travail. Comme expliqué dans le billet, Publika est loin d’être le seul qui affiche une image propre d’un côté pour faire le sagouin par derrière. Cela n’a jamais été mon attitude puisque j’ai toujours revendiqué que les guidelines Google n’étaient pas le loi universelle. La véritable faute est de coller une pseudo charte de qualité par devant, alors que c’est du grand n’importe quoi par derrière. Encore une fois, toute est question de perspective car qualifier un Black Hat SEO de goret est plutôt flatteur. L’autre problème est que la stratégie et la méthodologie sont défaillantes, mais certains diront que c’est tant mieux s’ils sont toujours aussi nombreux à travailler aussi mal. En tout cas, ça ne mériterait pas un billet.
Toujours et encore, je clame que la seule vérité est sur l’écran. Je répète pour la nième fois que ce ne sont pas les techniques qui me choquent, mais de prétendre être ce qu’on est pas. Pourquoi cacher le fait qu’on utilise tous les moyens à notre disposition pour atteindre les objectifs ? La seule règle qui prévale est « pas vu, pas pris ». Tout le reste n’est que mythologie et supputation.
Après, j’aimerai bien qu’on m’explique avec des arguments persuasifs pourquoi il ne faut pas dénoncer ?
Crédits photo intro : matthigh