Le site américain Etsy.com est une plateforme marchande CtoCqui permet aux individuels et petites structures de vendre des produits artisanaux directement au consommateur.
Basé sur un modèle résolument anti-eBay, le succès ne se fait pas attendre Outre-Atlantique puisque Etsy est devenu l’endroit de prédilection pour mettre en vente des objets fabriqués de manière artisanale qui sortent du giron des marques.
Concernant la France, ALittleMarket.com adapte le modèle Etsy et semble se diriger dans la bonne direction pour faire son trou parmi le top des pur players nationaux.
C’est un billet sorti le 11/09 sur Techcrunch qui m’a donné envie de parler d’Etsy et aussi de ALittleMarket.
Parfois, on tombe sur un site e-commerce qui fait « Tilt ». Un site qui fait « Tilt » est habituellement composé d’un concept génial et d’une réalisation remarquable. Parfois, la réalisation n’est pas aussi remarquable que ça, mais le principal concerne le potentiel qui peut marquer de son empreinte l’histoire du Web commercial (et faire la fortune de ses fondateurs).
Selon l’article Techcrunch, Etsy propose aujourd’hui plus de 6,7 millions de produits à la vente. Parmi toutes les catégories, c’est Bijouterie qui sort du lot avec 1,5 millions de références. Les autres catégories populaires sont Vintage et Art Supplies.
Par rapport à eBay et ses 117 millions de références, Etsy peut sembler insignifiant. Pourtant, en comparant les catégories correspondantes, Etsy propose le double d’Ebay pour des produits similaires.
Décryptage du succès
Esty a progressé rapidement depuis son lancement en 2005. Aujourd’hui, on remarque son internationalisation fulgurante qui rassemble 150 pays et 23 monnaies. Une telle étendue acquise aussi rapidement est assez rare pour être soulignée lorsqu’on sait les énormes difficultés pour être performant dans le monde entier. C’est d’ailleurs assez étrange pour un médian dont l’universalité est un pilier fondamental.
Mais je m’égare…
Au niveau de la structure interne, les 125 employés sont dédiés à 90% pour la technique et le support.
Le site gagne de l’argent en facturant le vendeur 0,20$ par produit référencé pendant 4 mois – sans préoccupation pour le prix de vente spécifique à chaque produit. En plus, une commission de 3,5% est prélevée sur chaque vente.
L’analyse de Techcrunch est assez intéressante au niveau des prédictions puisque Etsy devrait clôre l’année avec 30M $ en revenus. La fête ne s’arrête pas là puisque le cinquième tour de table, qui a pris place cet été, a levé 20M $ pour totaliser 51,6M $. La confiance des investisseurs est de mise puisque la majorité des nouvelles actions a été raflée en deuxième intention. Il faut dire que la société a commencé à dégager un profit l’an dernier, confirmant qu’il s’agit d’un bon plan dans le monde impitoyable des start-ups.
Le fondateur et CEO Robert Kalin espère que la valeur totale des biens vendus sur le site double cette année pour atteindre 400 millions de $. Pour l’année prochaine, l’objectif est d’atteindre 1 milliard de $. Les leviers accélérateurs de la progression sont la hausse du volume de transactions et l’augmentation du prix moyen de vente (de 12,25$ à 18,16$ entre janvier et août 2010).
Techcrunch relève un détail important puisque l’analyse fait apparaître que le facteur cadeau est un net atout. Les gens trouvent des cadeaux originaux pas chers sur le site et reviennent pour d’autres occasions – fêtes de fin d’année en tête.
Du côté vendeur comme acheteur, Etsy se démarque de la référence eBay par une simplicité et une efficacité à tous niveaux. Pas de système compliqué pour calculer le coût de mise en vente et une structure d’achat limpide basée sur un prix fixe. Le site est même aux antipodes ergonomiques de notre PriceMinister national et franchement plus attirant que LeBonCoin.
L’effort de clarté et d’efficacité transpire dans tous les recoins du site. On sent la volonté de servir une plate-forme qui a appris les leçons de ses prédécesseurs. Un exemple parmi tant d’autres avec le guide du vendeur qui est parfaitement limpide et complet.
Les chiffres montrent que les vendeurs et acheteurs sont aisément fidélisés. Pourtant, Etsy ne dépense quasiment rien en marketing pour l’acquisition client. En fait, l’accent est plutôt mis sur la stratégie d’animation sociale (SMO pour faire branché). Cela paye puisque la communauté d’artisans a atteint le point d’inflexion critique pour toute initiative communautaire en ligne. Voilà un bon exemple de valeur ajoutée pour une stratégie de SMO qui change des gadgets « sociaux » et autres effets spéciaux communautaires que je croise de plus en plus ces jours ci sur des sites qui trempent le petit doigt de pied dans une bassine d’eau froide en espérant recevoir les bienfaits d’un Jacuzzi.
Edit 31/03/2019 : tout n’a pas l’air de bien se passer chez Etsy.
Forteresse imprenable ?
Certains vendeurs affichent une franche réussite comme Tracie Howarth qui revendique plus de 30 000 ventes depuis 2006 avec plusieurs bijouteries sur Etsy.
Je ne connais pas le revenu moyen des vendeurs, mais l’intensité de la fidélisation laisse penser que la majorité est satisfaite.
Pourtant, d’autres plateformes marchandes poussent des coudes comme ArtFire qui semble racoler les déçus d’eBay et Etsy, puis surtout l’ancêtre Ruby Lane qui date de 1998, mais est élue meilleure plate-forme marchande en 2010. Le petit dernier du genre que j’ai remarqué est 1000Markets qui cible les petits commerces et focalise sur la qualité avec une modération élevée pour la présentation des produits et aide accrue pour la gestion des boutiques.
La force communautaire d’Etsy est un atout que les concurrents ne semblent pas vouloir attaquer. Le véritable ennemi commun reste eBay, dont l’hégémonie est toujours en question; même si le mastodonte ne semble pas être perturbé outre mesure par les efforts des autres pour faire mieux.
Mon sentiment est que le potentiel pour des plateformes marchandes CtoC intelligentes ne va pas faiblir. Le marché pour les produits artisanaux est gigantesque, avec une mention spéciale aux Etats-Unis où la tradition du Arts & Craft est fortement ancrée dans la société.
Maintenant, il faut voir si le modèle peut réussir en France.
ALittleMarket.com
J’ai fait connaissance avec ALittleMarket au travers d’un tweet que j’ai envoyé pour annoncer le départ d’une levée de fonds. La magie du Web aidant, j’ai été contacté par Nicolas d’Audiffret, co-fondateur de ALittleMarket, afin de discuter d’une éventuelle prestation de conseil en référencement.
Finalement, la prestation n’a pas abouti avec moi, privilégiant une solution en interne. Peut-être que nous arriverons à collaborer un jour car finalement la majorité de mes interventions concerne des structures qui possèdent déjà des ressources internes dédiées au référencement. L’intérêt d’un consultant externe est parfaitement complémentaire à la nécessité de posséder des ressources en interne; cela apporte une vision extérieure qui ouvre forcément de nouveaux horizons.
Mais je m’égare encore…
Les fondateurs de ALittleMarket on eu l’intelligence de s’approprier les meilleurs atouts de ses prédécesseurs comme la facilité d’utilisation pour le vendeur comme pour l’acheteur et surtout l’intérêt de l’aspect communautaire d’Etsy n’a pas échappé au français.
Parmi les initiatives à remarquer, il y a le Blog Shop qui permet au visiteur de découvrir les produits de la boutique, tout en approfondissant le profil du vendeur au travers de son blog bien mis en évidence. La recherche ludique me semble aussi très intéressante avec une remarque pour la zone géolocalisation qui mérite d’être largement approfondie. Un enjeu majeur du référencement naturel et de l’animation sociale se situe dans la visibilité au niveau local. Il est possible d’aller beaucoup plus loin « on line » et « off line » qu’un simple listing des marchands.
L’atout remarqué par Techcrunch concernant les acheteurs à la recherche d’un cadeau original sur Etsy me semble aussi un élément à exploiter au maximum. Pour l’instant, je n’ai rien remarqué de probant sur ALittleMarket à ce niveau.
Après, la France est un marché très particulier, notamment par rapport à la culture du Arts & Crafts qui me semble plus ancrée de l’autre côté de l’Atlantique.
Remarque, le besoin pressant de générer des revenus complémentaires va peut-être ouvrir des vocations, mais je ne le ressens pas comme un facteur culturel profond.
Néammoins, je suppose qu’il y a largement suffisamment de produits artisanaux à vendre en France pour contenter ALittleMarket qui devrait aussi lorgner du côté de l’international si j’en crois la sonorité du nom de domaine.
Comme quelques autres pures players français qui ont réussi à appliquer une idée piochée aux Etats-Unis, ALittleMarket va atteindre certainement atteindre ses objectifs. Les échanges avec Mr. d’Audiffret me confortent dans le sentiment préalable que j’avais sur la validité du filon.