Un truc qui me sort par les trous de nez concerne la tendance chez certains référenceurs, ainsi que pour une partie du grand public, de faire passer le métier du référencement pour une tambouille mystérieuse.
Cela fait trop longtemps que le référencement est interprété comme une potion magique manipulée par des sorciers aux pouvoirs surnaturels.
Je veux bien comprendre qu’il y a quelques années, le référencement était encore trop vague pour qu’on puisse affirmer une méthodologie précise et pérenne. C’est même en amont que se situe le problème puisque du côté des moteurs, ça tâtonnait pour affirmer un système viable. Puis, Google a posé les jalons et tout le monde s’est mis au diapason.
Les sorciers du référencement
En 2003, quand j’ai commencé à m’intéresser au référencement, l’impression populaire était que le référencement consistait en une recette mystique qui permettait miraculeusement de positionner des pages parmi les meilleurs résultats d’un moteur de recherche et Google en particulier. Puis vinrent les mangeur(s) de cigogne qui représentèrent la première espèce de sorciers qu’on pouvait enfin identifier.
C’est facile de déblatérer sur le référencement, mais la vérité est sur l’écran. N’importe qui peut lire une poignée de .pdf et des centaines de posts de forums afin penser cerner les tenants et aboutissements du métier – en tout cas suffisamment pour impressionner un néophyte. Prouver une viabilité au niveau professionnel est une tout autre histoire. Trop de petits malins se croient référenceurs dès qu’ils ont positionné leur site d’affiliation ou Adsense sur quelques requêtes concurrentielles, permettant de gagner assez de quoi frimer pendant qu’on est toujours nourri et logé chez ses parents.
Avec le concours de référencement « mangeur de cigogne » (d’ailleurs, on doit dire concours de positionnement) et toute la horde qui suivit ce premier bouleversement, les observateurs avaient identifiés ceux qui savaient triturer l’algorithme de Google. Auparavant, les agences détenaient le monopole du secteur, mais la croyance populaire persistait sur le fait que le référencement n’était pas un métier d’agence, mais bien de sorcier. Les mangeur(s) étaient de parfaites excuses pour enfoncer encore plus le métier dans le mysticisme.
Bien entendu, n’importe quel passionné du référencement est à l’affût de la moindre bidouille permettant de booster des pages Web au firmament des résultats de recherche. Cependant, il est fortement déconseillé, dans le cadre d’un projet Web professionnel, d’appliquer la méthode de bourrin utilisée sur un concours de référencement. Les bidouilles doivent rester cloisonnées en dehors d’un projet Web professionnel – sous peine de sentence quasi irrémédiable de la part du Dieu Google. Tout ce qui dépasse des clous est voué à être pénalisé. Cela ne veut pas dire qu’on se fait prendre à chaque fois qu’on triche, mais exactement comme pour un excès de vitesse, celui qui respecte les limitations ne peut pas se faire prendre.
La potion magique des référenceurs
Sans vouloir pointer du doigt, je tombe de temps en temps sur des discussions au sein de forums ou même sur des descriptions de site pros (agence ou free-lance) qui me hérissent le poil. Les propos portent à croire que le référencement est une mystérieuse science dont le secret est détenu par un groupe restreint d’initiés.
Exemple avec la citation suivante :
La fluctuation et la subjectivité des résultats obtenus par le référencement dans les moteurs SERP (search engine results page) font du référencement une heuristique un peu sibylline, du fait des changements inopinés d’algorithmes d’analyse des sites par les robots des moteurs de recherches et qui laisse souvent dans la douteur le non-initié du référencement.
Aussi hystérique que cela puisse paraître, cette citation est issue d’un site de référenceur. Au-delà du langage tellement pompeux qu’il devient risible, ces mots résument exactement la volonté de préserver une espèce de secret autour de la méthode employée pour référencer un site Web. On dirait qu’il faut se tenir au courant de chaque évolution du moteur, sous peine d’être à la ramasse si on ne sait pas exactement comment anticiper les prétendus chamboulements causés par une mise à jour de l’algorithme. On dirait également qu’il faut être initié parmi les initiés pour maîtriser parfaitement les tenants et les aboutissements des centaines de paramètres à prendre en compte pour optimiser un site Internet.
Pour parler poliment, c’est de la connerie !
Le référenceur est un artisan
Déjà en 2004, lorsque j’ai publié mon ancien site 7-dragons.com, ça grinçait du côté de certains car je dévoilais un guide du référencement en 40 pages (co édité avec Altiref et SEOMoz), résumant tout ce qu’il fallait savoir pour référencer un site Internet dans les règles de l’art. Ces personnes m’accusaient de dévoiler le fond de commerce des professionnels et amateurs éclairés.
Notez que je comprends art dans le sens artisan du terme. Ne venez pas me dire que je me prends pour le Picasso du Web !
Aujourd’hui, je jette à nouveau un pavé dans la mare car nous sommes en 2009 et tout le monde pense encore que nous sommes les rejetons de Merlin l’Enchanteur ou Panoramix.
Clairement, le référencement est un métier d’artisanat qui implique de besogner en suivant une méthodologie précise. Certains sont mieux organisés que d’autres et la méthode de chacun diffère plus ou moins, mais les fondamentaux sont immuables. Effectuer sa veille et s’immiscer au sein des communautés d’experts donne l’illusion de posséder un léger avantage. Fondamentalement, rien ne change dans la méthode originelle.
Au fait, personne ne détient le secret du référencement, tout simplement parce qu’il n’existe pas!
Le seul élément secret est l’algorithme de Google.
Le référenceur n’a rien d’un sorcier
Alors, comment font les référenceurs ? J’expliquais le fond de ma pensée il y a plus d’un an sur un état des lieux du référencement. En bref, nous jouons une partie de poker, dont les règles ne sont pas officiellement et clairement dévoilées, puis ces règles changent sans qu’on soit averti.
Même si cela peut paraître mystique de travailler dans ces conditions, il demeure les fondamentaux qui sont absolument pérennes. Le but de ce billet n’est pas de revenir sur ces fondamentaux, mais je prends mon guide du référencement publié en 2004 et je peux certifier que le principal demeure. Aujourd’hui, il y a eu des évolutions avec l’avènement du partage de contenu et la poussée en flèche du blogging, mais c’est un faux problème car le référencement marche très bien sans cela et si je vais plus loin, les applications de ces nouveautés sur le plan de l’entreprise sont encore tellement hasardeuses qu’il est prétentieux de les inclurent parmi les fondamentaux.
Pour conclure, il faut bien comprendre que le référencement est un métier d’artisan. On s’autoproclame consultant parce qu’il n’y a pas de terme plus approprié, mais en fait nous sommes des touche à tout qui doivent maîtriser des facettes du marketing, de la technique, du commercial et aussi bien entendu de l’entrepreneuriat. Comme n’importe quel artisan, nous façonnons une méthode personnelle tout en respectant les fondamentaux qui permettent d’arriver à un objectif défini.
Poker SEO
Mon analogie sur le poker pourrait laisser croire qu’il existe un bout de mystère dans la méthode, mais ce mystère n’est pas aussi dangereux qu’on le pense. Pour ceux qui connaissent le poker, malgré les aléas liés aux lois du hasard, il demeure une méthode qui permet de gagner sur le long terme. D’ailleurs, pourquoi il y a autant de joueurs professionnels de poker ? Il n’y a pas de joueurs professionnels de roulette ou de machine à sous. Tout simplement parce qu’en appliquant les fondamentaux, il est possible de gagner au poker sur le long terme. Ce jeu possède des spécificités propres qui surmontent les lois du hasard dans certaines conditions.
Je dis toujours ne pas être « bon » en référencement, mais plutôt que les autres sont tellement nuls qu’il est aisé de sortir son épingle du jeu. Regardez les critères « off page » et « on page » liés au référencement pour 99% des sites Web pour comprendre qu’il y aura forcément un énorme bénéfice grâce à l’application d’une recette basique.
Attention, je n’ai pas dit que le référencement était simple, tout comme le poker, il faut s’atteler pour maîtriser tous les paramètres importants. Faire le minimum par rapport au néant va forcément apporter une plus-value, mais pour jouer dans la cour des grands, il va falloir beaucoup plus qu’un savant discours convaincant auprès des néophytes.
La vérité est sur l’écran !
Maintenant, vous pouvez éteindre l’ordinateur et reprendre une vie normale en ayant compris qu’il n’y a rien de sorcier à apprendre comment référencer un site Web dans les règles de l’art.