Les algorithmes des moteurs de recherche présentent obligatoirement des faiblesses qu’il est possible d’exploiter dans le but d’améliorer le référencement. Certains en profitent pour générer un profit plus ou moins substantiel.
Ils utilisent des techniques qualifiées de Black Hat, représentant la bête noire des moteurs qui les flagellent d’une mauvaise réputation souvent injuste.
L’aficionado du Black Hat n’est qu’un référenceur d’une certaine espèce, mais ce n’est certainement pas un criminel digne du lynchage qu’il reçoit systématiquement.
C’est en lisant ce billet et sa réaction officielle par Microsoft du blog de l’ami Alexandre que m’est venu ce besoin de prendre la défense du référencement Black Hat. Ça devient franchement lassant voir même révoltant de lire ce portrait sulfureux du référencement Black Hat. Sans vouloir faire l’apologie du Black Hat, il est sain de faire la part des choses entre vérité et volonté flagrante de diaboliser.
Avant toute, il convient de tirer au clair la volonté de certains pour assimiler le Black Hat à une activité illégale. Ce n’est pas criminel de manipuler les résultats de recherche d’un moteur, contrairement au hacking informatique duquel le Black Hat tire une certaine forme d’esprit de révolte contre le système. Même si certaines technique Black Hat vouées au référencement utilisent des bidouilles issues du hacking informatique, le niveau de malveillance est sans aucune mesure. Le mélange des genres est certainement alimenté par l’attitude des adeptes du référencement Black Hat qui affectionnent d’être considéré en marge, alors qu’en réalité, ils sont loin d’être aussi néfastes que leurs grand frères hackers.
Pour résumer, une stratégie Black Hat profite simplement de défauts dans l’algorithme des moteurs de recherche, favorisant de positionner au mieux des pages Web sur des requêtes à fort potentiel commercial.
Communément, on retrouve les sites gérés par des personnes maîtrisant ces techniques sur des thématiques qui rapportent gros. Les thématiques habituellement courtisées par les Black Hat son liées aux stimulants sexuels (Viagra, Cialis, etc.), le jeux d’argent (poker, casino, paris sportifs, etc.), le porno (vidéos, webcam, etc.). Pour avoir une idée du potentiel constitué par ces thématiques, Daron Babin étant premier sur « viagra » et tous ses mots clés affiliés gagnait $40 000 par jour, totalisant des gains d’au moins 4 millions de dollars. Il est donc facile d’imaginer que la motivation est largement plus mercantile que spirituelle…
Les principales méthodes du Black Hat récurrentes :
- Cloaking : présenter une page différente aux moteurs et aux visiteurs
- Modifier les backlinks des concurrents : suivre les backlinks des autres sites présents sur vos requêtes de prédilection et modifier autant que possible l’anchor text ou même négocier avec le propriétaire du site un changement du lien existant vers le vôtre.
- Scrapping : récupérer du contenu disponible en ligne pour l’inclure sur ses propres pages.
- Randomizing : va souvent de pair avec le Scrapping puisqu’il s’agit de mélanger le contenu glané afin qu’il échappe du mieux possible aux filtres de Duplicate Content.
Ensuite, il existe une infinité de techniques supplémentaires qui évoluent au grès des progrès du moteur pour les combattre. Pourtant, les grands principes demeurent cités précédemment. Parmi les techniques révolues, celle du texte invisible refait pourtant surface de temps en temps avec des variantes. Le keyword stuffing qui consiste à gaver la page de mots clés en rapport avec la thématique nécessite aujourd’hui tellement plus de finesse que cette appellation n’est plus justifiée.
L’enjeu principal d’une stratégie Black Hat est qu’il faut systématiquement s’attendre à une chute du site au sein des résultats de recherche car une sanction immédiate intervient dès qu’il est décelé par les filtres anti-spam. La sanction varie de la pénalité qui fait reculer les pages au sein des résultats de recherche pour aller jusqu’au blacklistage qui implique la disparition complète du site au sein de l’index. C’est déjà un travail de pouvoir faire grimper le site parmi les meilleurs résultats, puis c’est à cet instant que les ennuis commencent. En effet, c’est toujours en première page que la lutte se déroule car ceux qui sont à la traîne peuvent tricher ou pas sans que ça fasse sourciller le moteur ou les concurrents. En parlant des concurrents, Google a savamment orchestré la mise au pilori du Black Hat par le biais du système de dénonciation manuelle ou Spam Report. Chacun se dénonce auprès du moteur, espérant observer le blacklistage du concurrent plus fort que soi. Au final, personne y gagne, mis à part Google qui se délecte de voir tout le monde abonder dans son sens en se déchirant pour des positions qu’il remplira quoi qu’il arrive.
Quelle est la limite ?
Finalement, rien ou personne n’empêche de pratiquer le Black Hat. Les moteurs de recherche, Google en tête de file, voudraient diaboliser tous ceux qui violent les règles imposées. Pourtant, les adeptes de techniques qui sortent des sentiers battus ne font que profiter d’un système qui reste perfectible. Un moteur de recherche fait de son mieux pour classer les pages en fonction de leur pertinence; il n’en demeure pas moins que c’est juste un algorithme mathématique avec ses limitations et ses failles. Encore une fois, la seule infraction concerne les règles érigées par les moteurs, dont on se ficherait tous complètement si on n’avait pas à les subir en tant que webmasters et référenceurs.
Vraiment, il faut arrêter de prendre le Black Hat pour un vilain pirate qui mérite d’être lynché sur l’autel du Dieu Google. Les Ayatollah promoteurs d’un Web « propre » sont aussi répugnants que les initiateurs d’Hadopi. Qui sont-ils pour prétendre valoriser un type de site par rapport à un autre ? Mettre le Black Hat au pilori ne fait que servir les moteurs dont la seule ambition est leur propre suprématie, sans aucun respect pour le webmaster et le référenceur qui sont pourtant ceux donnant le matériau nécessaire à leur fonctionnement. Tout le discours visant à dévaloriser le Black Hat est bidon puisque l’utilisateur final va se voir proposé le produit ou service recherché. Pourquoi serait-il gênant d’acheter du viagra sur un site cloaké ou de louer une vidéo porno sur un scrapper ? L’expérience utilisateur reste la même – peu importe si le site est issu d’une stratégie Black Hat ou respectueux des sacro-saintes Guidelines Google. Le Web reste le seul espace à peu près libre dans le monde, alors les Black Hat et autres spammeurs ont autant leur place que le W3C ou même le pitoyable Desirsdavenir.org. Un Web sans aspérité serait une abomination ! Il est même salvateur que des électrons libres puissent glisser des grains de sable dans l’outrageante domination de Google.
Chacun fait sa sauce sur Internet comme il l’entend et tous ceux qui veulent y mettre un frein n’ont pas leur place. En plus, les Black Hat ne sont pas livrés à eux-mêmes sans rencontrer de résistance. Bien au contraire, la lutte avec les équipes anti-spam des moteurs est sans relâche; chacun redoublant d’efforts afin d’être en tête de la course. Les Black Hat pour affirmer leur présence parmi les meilleures positions et les moteurs pour les gicler au plus vite de ces mêmes positions. Du coup, nous pouvons même parler d’émulation saine puisque les Black Hat permettent aux moteurs de progresser dans leur technologie. Spirituellement parlant, c’est l’éternel refrain des côtés opposés qui se repoussent et s’attirent en même temps. Ils sont les éléments indissociables d’un même système qui se combattent mutuellement tout en permettant à l’un et à l’autre de progresser pour devenir toujours meilleur. A l’heure actuelle, c’est toujours le statut quo puisque le Black Hat n’arrive toujours pas à revendiquer une présence sur le long terme dans l’index et le moteur n’arrive toujours pas à éradiquer la présence de pages boostées par des techniques plus ou moins répréhensibles.
A l’opposé du Black Hat, se situe le White Hat qui revendique de bosser son référencement « proprement », respectant les fondamentaux du métier et ne faisant rien qui pourrait froisser le moteur. Il s’agit du coup de respecter les règles des moteurs de recherche pour présenter une stratégie de référencement pérenne. La finalité est toujours la même puisque tout le monde convoite un même objectif qui est une visibilité maximum au sein des résultats de recherche. A chacun ensuite de convertir le trafic émanant des requêtes comme il l’entend. Les moyens et la stratégie adoptée par le White Hat prendront garde d’éviter toute pénalité apposée par les moteurs de recherche aux sites qui semblent présenter des signes de tricherie. Il s’agit de construire un site solide au niveau du contenu, puis ensuite de le populariser selon des critères qualitatifs plutôt que quantitatifs.
Présentation de l’Idiot Hat
Au milieu de ces extrémités se situe toute une variété de profils qui sont considérés Grey Hat. Quoi que je me permets d’ajouter l’Idiot Hat qui est une espèce de référenceur du dimanche ne maîtrisant absolument pas les conséquences de ses actions. L’Idiot Hat utilise des techniques qui vont à l’encontre des règles, mais sans être conscient d’être hors limite. Encore plus grave, il sait parfois que c’est interdit par les moteurs, mais il pense qu’il ne se fera pas prendre. Du coup, il n’aura pas pris de précautions en prévision d’une sanction pourtant inévitable. Obligatoirement, les sites d’un Idiot Hat se font dézinguer de l’index; ensuite, il se retrouve planté comme un abruti, ne sachant pas comment réagir face à ce cataclysme. Étant donné qu’il ne possède pas les leviers indispensables à la bonne gestion d’une stratégie Black Hat, c’est une situation inéxtricable qui s’en suit puisque logiquement le site est hors d’état de nuire, mais aussi le compte Adsense sera banni et le WHOIS repéré (pour mentionner uniquement les sanctions les plus classiques). L’Idiot Hat ne connaît pas le plus gros principe Black Hat qui est de s’attendre à la chute inexorable des sites pour laquelle un mécanisme est prévu afin de palier au déficit anticipé. C’est dans cette phase que se différencie le Black Hat amateur du professionnel aux ambitions financières substantielles.
Ainsi, le Black Hat doit prévoir d’envoyer toujours plus de sites en ligne, contre balançant les pertes causées par ceux qui sont tombés sur le champ de bataille des résultats de recherche Google. Il faut savoir que les moyens Black Hat sont basés au maximum sur des outils d’automatisation des tâches. Effectivement, il serait impossible de gérer manuellement une stratégie Black Hat d’envergure.
En principe, l’Idiot Hat est tombé par hasard sur une technique alléchante. Par exemple, il aura profité d’une Link Farm qui n’est pas encore pénalisée ou d’un script de moteur de recherche qui génère des requêtes à la volée ou bien encore un plugin WordPress qui construit automatiquement des billets de blog. Sans autre préparation globale, il va utiliser cette technique sans maîtriser l’ensemble des conditions stratégiques et encore moins connaître les conséquences concrètes d’une telle pratique. Au final, il va se retrouver à pleurnicher sur son sort sans autre recours que la Reinclusion Request Google – flagrante marque de reconnaissance de l’Idiot Hat en pleine action. On le retrouve toujours sur les forums de référencement à clamer ne pas comprendre la radiation de son compte Adsense ou même pester contre l’injustice du déclassement ou du blacklistage. En effet, il ne suffit pas d’utiliser un petit bout de bidouille sans autre finalité car l’intégration dans une stratégie cohérente est absolument vitale. Le véritable Black Hat dispose de moyens conséquents et rien n’est laissé au hasard sur le plan stratégique et technique. C’est un peu comme la différence entre celui qui joue à la roulette parce qu’il paraît que ça peut rapporter gros et l’autre qui gagne sa vie en jouant au poker puisqu’il maîtrise la technique et la stratégie.
Choisir son camp
Pour ma part, j’étais vraiment curieux de connaître les techniques Black Hat dès que j’ai commencé à m’intéresser au référencement en 2003. C’est même par ce biais que j’ai pris goût à positionner mes pages parmi les meilleures positions, poussant toujours plus loin la technique jusqu’à ce que tout s’écroule ou que rien ne soit jamais monté. Grâce au partage avec d’autres et mes propres expérimentations, je pense avoir maintenant une vue d’ensemble des tenants et aboutissements liés au Black Hat.
Les faits d’armes les plus connus auxquels j’ai pris part sont ceux de la DarkSEOTeam. La particularité de cette dernière était de dénoncer les faiblesses de l’algorithme Google grâce à des actions qui vont l’interpeller directement, notamment au travers de son employé vedette et ingénieur en chef anti-spam Matt Cutts. DarkSEOTeam est donc un groupe Black Hat vraiment à part, suggérant la raison principale qui m’a fait adhérer au projet. Nous avions ensuite continué l’aventure sur Taggle, puis après tout le monde s’est endormi sur Twiger.
Je suis pleinement conscient des implications d’une stratégie Black Hat. Ce qui me rebute principalement est d’alimenter sans cesse un réseau de sites. Depuis toujours, j’obtiens des résultats satisfaisants en suivant une méthodologie précise et peu risquée. Le challenge financier est réussi et je n’ai pas la boulimie pour gagner toujours plus d’argent. Pour autant, je respecte et admire la créativité et l’acharnement du Black Hat. Il ne faut pas croire qu’il est plus simple, plus rapide et moins cher d’être Black Hat que travailler autrement. Au départ, c’est un état d’esprit différent, mais pratiqué de manière professionnelle et intense, c’est tout aussi exigeant que pour rester « dans les clous ».
Black Hattitude
Parler du référencement Black Hat vient en prolongation de ma participation au concours de positionnement Black Hattitude. Je m’étais pourtant juré de ne jamais participer à un autre concours de ce genre. Mon temps à jouer avec l’algorithme de Google est épuisé. Bien que j’avoue qu’il est jouissif de biaiser les moteurs, mais c’est aussi lassant de se lever le matin pour s’apercevoir que le trafic est proche du néant absolu car le site s’est fait dézinguer par Google. Pourtant, c’est bien durant des concours de positionnement qu’il m’a été possible de tester diverses petites bidouilles et de discuter avec d’autres passionnés dont beaucoup sont devenus des amis. En tout cas, je suis très fier de la nouvelle génération de référenceurs auto-proclamés Black Hat comme Rudy, Mathieu, Paul et quelques d’autres (pardon pour les oublis car ce sont les 3 premiers qui me sont venus à l’esprit). Ces petits jeunes montrent un esprit conquérant comme veut la tradition des référenceurs qui font bouger les choses, ajoutant souvent une vision commerciale aiguisée qui manquait aux vieux briscards dont je fais malheureusement partie. En attendant que les vieux se réveillent (hein Sid ?!), il est possible d’observer les exploits de la nouvelle garde sur le récemment inauguré Forum Black Hattitude de Discodog. En parlant de tout ça, il faudrait que je trouve le temps et l’énergie pour m’occuper un minimum de ma page de concours Black Hattitude !
Le meilleur conseil que je puisse donner à ceux qui sont tentés d’expérimenter des méthodes Black Hat sera de ne jamais y goûter pour un client ou lorsqu’une pérennité est envisagée. Gardez le Black Hat pour vos expériences personnelles sur un domaine qui ne présente pas de valeur économique majeure. Tout ce dont vous avez besoin pour posséder le trousseau du parfait Black Hat est disponible librement et gratuitement sur Internet. Au travers des communautés et blogs qui traitent du sujet, vous allez récolter tout le savoir nécessaire pour faire vos premiers pas sur ce terrain mouvant et passionnant. Le seul truc que je demande est de ne pas venir chouiner sur un forum quand votre site ne sera plus qu’une ombre dans l’index de Google. C’est un comportement pitoyable et insupportable!
Le mot de la fin ressort une de mes devises en référencement qui est de « savoir faire le mal pour faire le bien ». Cela permet de connaitre parfaitement les tenants et aboutissements du métier et de flirter avec les limites des règles sans déclencher ces maudites pénalités qui guettent tout site un peu trop abusif de la potion magique du référencement.
Bidouiller du côté Black Hat contribue à s’imprégner de l’algorithme du moteur, privilégiant cet instinct qui différencie les référenceurs savant flairer ce qu’il convient de faire pour être efficace et précis. Sur cette parfaite transition, je vous invite à lire le billet de Sylvain qui rejoint ma conclusion : Black hat or White hat le SEO ?