Seth Godin, le chevalier blanc du Web marketing, plonge dans le côté obscur
Parfois, même les meilleurs s’égarent sur des voies peu recommandables.
C’est le cas aujourd’hui avec Seth Godin qui nous présente sa dernière réalisation tout en omettant l’essentiel du concept. Il lance un vulgaire scraper qu’il tente de faire passer pour un service aux bonnes intentions.
Avant d’enlever le silencieux pour flinguer Seth Godin, je voudrais signifier mon affection pour ce gourou du Web qui n’en finit pas de me régaler au travers de son blog, ses livres et ses conférences. Seth Godin fait partie des plus talentueux web marketeurs qui s’expriment publiquement. Son travail est une source d’inspiration pour un très grand nombre de personnes, dont je fais partie avec assiduité.
Sauf que, lorsqu’il veut nous faire passer de la merde pour de la confiture, il convient de l’allumer en conséquence.
Faire passer de la merde pour de la confiture
C’est en lisant son billet de blog d’hier que la moutarde m’est montée au nez. En l’occurrence, Seth annonce le lancement d’un outil de son crû qui permet de rassembler le bruit publié en ligne à propos d’une marque.
Ce qui me dérange terriblement est la manière dont Seth veut nous persuader du bien fondé de Brands in Public. Déjà, la longueur inhabituelle du billet m’a mis la puce à l’oreille car le style de Seth est beaucoup plus concis en temps normal, mais quand il s’agit de faire passer de la merde pour de la confiture, je suppose qu’il faut redoubler d’efforts. Du coup, c’est surtout la manière utilisée qui m’a interpellée plutôt que le service en lui-même qui ne m’impressionne pas.
Le scraper de Seth
Sous couvert de volonté d’organisation du bruit circulant sur Internet, la véritable finalité est de scraper massivement. Pour les non-inités, un scraper permet de récupérer du contenu généré par d’autres sites. Cela permet de s’affranchir d’une phase délicate qui est de produire du contenu de qualité et surtout de cibler des termes (marques dans ce cas précis) au potentiel intéressant. En résumé, Seth s’engage donc dans le parasitage (cybersquatting) sur les marques. L’idée n’est pas dénuée d’intérêt pour celui qui veut attraper de la visibilité sur le dos d’autrui, mais ce n’est pas une méthode très recommandable pour un chevalier blanc du web marketing tel que lui.
Le principe est très simple. Sur une page dédiée à la marque, le site récupère du contenu depuis divers plateformes comme blogs, twitter, youtube, etc. Rien de nouveau à l’horizon puisque l’exercice de scraper du contenu est établi depuis que le Web est Web.
Donc, je trouve que c’est gonflé de vouloir nous faire croire que son site est autre chose qu’un vulgaire scraper. Ce n’est pas parce qu’on s’appelle Seth Godin qu’il est possible de faire passer un scraper pour un « rassembleur de bruit sur les marques ».
Ce qui m’a sidéré concerne l’impossibilité pour la marque de modifier la page sans passer par un abonnement de 400$ par mois ! Franchement, c’est tellement hallucinant que j’ai peine à croire Seth, aussi intelligent soit-il, puisse faire croire qu’il se préoccupe de tout son cœur à propos de l’image des entreprises sur Internet. La véritable motivation est un potentiel énorme au niveau du modèle économique de ce site. Cela concerne plutôt comment Seth peut réaliser une énorme culbute financière (encore une) au lieu d’un quelconque intérêt pour l’image des marques.
Encore une fois, je n’ai aucun problème moral vis-à-vis des scrapers, dont je trouve certains absolument géniaux. Mon gros souci concerne la manière édulcorée utilisée par Seth pour nous vendre le truc. D’autres comme Olivier Duffez se sont fait démonter (à tort) lors du lancement de DicoduNet. Pourtant, Olivier n’a jamais essayé de faire passer son site pour un bienfait de la langue française. La vérité est qu’il a lancé un système génial qui a rendu vert tous ceux qui auraient voulu y penser avant lui. Ce sont les mêmes qui figuraient en tête de gondole pour critiquer DicoduNet et sa manière de scraper.
A l’inverse d’Olivier, Seth en fait trop pour nous vendre son concept. Cela vire même au glauque lorsqu’il propose la gratuité du service aux organisations caritatives. Franchement, je suis déçu et vais consulter ce que Seth raconte avec un angle différent. Il va falloir rester vigilant, maintenant que je sais qu’il essaye parfois de nous vendre une fraise pourrie au milieu de la barquette.
L’importance de la e-réputation
Pour terminer, il est évident que l’image d’une marque sur Internet est un sujet crucial. La gestion de l’e-réputation est un secteur en devenir pour les référenceurs et autres web marketeurs en mal de vivre. Le sujet de l’e-reputation sera traité sur un article spécifique, mais en attendant je propose la visite d’un challenge mis en place par Jan, ami de longue date et légende du référencement, qui veut titiller Renault sur son slogan Changeons de vie, changeons l’automobile.
Edit 26/09/09 : le billet d’hier par Seth Godin apporte une nouvelle tournure aux événements. En effet, Seth a décidé d’adapter son outil en fonction des critiques émises à son sujet. J’ai pris la liberté de traduire son post.
Il y a 2 jours, je postais à propos de Brands in Public.
Les retours depuis les marques avec qui nous avons discuté ont été incroyables, mais d’autres personnes n’ont pas apprécié certains éléments. Ils ont été très directs pour me le faire savoir.
Le but de ce programme est d’inviter les marques dans la conversation qui se déroule déjà sur le Web, facilitant la surveillance. I discuté avec un responsable de marque hier qui a expliqué qu’il essayais de faire exactement la même chose pour sa société, mais le système Web rendait la tâche difficile. Nous voulons ouvrir la porte et permettre aux grosses marques une manière de démarrer sans construire leur propre système.
Dans ce sens, nous avons construit 200 pages d’exemples; pages qui peuvent être adoptées par les marques en question. Hélas, certaines personnes ont trouvé cela inapproprié, ainsi nous allons tout démonter avant la fin de la journée.
Lorsqu’une marque veut une page, nous allons la construire et ils vont la faire tourner comme cela nous allons tous atteindre notre but.
Une partie de la magie sur Internet et que vous pouvez ajuster tout le long du chemin, particulièrement quand vous êtes prêts à écouter.
Je m’excuse si quelqu’un s’est trouvé dérangé par mon post original, et nous regardons d’avance comment capter les marques principales et les organisations caritatives majeures, utilisant cet outil comme une manière de rejoindre la conversation ayant déjà lieu autour de nous.
Merci à tous de me lire.
Source originale en anglais chez Seth Godin
24 septembre, 2009 à 15 h 11 min
1er leçon du sorcier : les gens sont stupides et préfèrent croire à un idéal ou une cause plutot que la vérité. C’est cynique mais souvent mis en application.
Il applique à la lettre cette leçon mais venant d’un marketeur, est ce choquant?
Quand « La laitiere » fait de la publicité, devrait elle montrait ses usines fabriquant une matière peut ragoutante mais tellement plus comestible dans un pot en verre en pensant à cette bonne femme qui les fait artisanalement avec une grosse cuillère en bois?
Il fait simplement son boulot et puis je pense bien que pas mal d’entreprises se foutent de la tambouille technique qu’il a derrière tant que le résultat arrive.
Après si son produit est aussi mauvais que de la confiture bonne maman, cela se saura et il fera pas bonne fortune avec. Pire son outil d’e-reputation peut couler la sienne.
24 septembre, 2009 à 15 h 30 min
Du cybersquatting par Seth Godin ? Oui ça me surprend. Il m’avait habitué à un peu plus de subtilité.
J’avais déjà abordé « la leçon du sorcier » sur un plan plus général au travers de la manipulation de l’opinion publique et également par les entreprises
Je conseille également le visionnage de cette vidéo sur « are we in control of our decisions? »
24 septembre, 2009 à 15 h 53 min
De la merde pour de la confiture? Moi je préfère le Nutella de toutes façons
Il reste un point que je n’ai pas bien saisi concernant les marques qui ne souhaiteront pas payer l’abonnement mensuel : il y aura-t-il une page les concernant dans le super outil en question? Ou seules les entreprises qui le désirent y apparaitront-elles?
24 septembre, 2009 à 16 h 05 min
Toutes les marques que le crawler du site va bien pouvoir dénicher figureront sur le site.
Faut le voir comme un énorme service rendu d’après sont créateur. Les marques pourront ainsi visualiser tout ce qui est raconté à leur sujet.
24 septembre, 2009 à 16 h 12 min
Seth Godin, auteur sympa qui a pas mal raté le virage du web sur ces deux dernières années, au profit de nouvelles stars style Shoemaker.
J’ai lu il y a quelques temps le fameux « Marketers are liars » et franchement quel ennui… Faut avoir une image qui colle à l’envie de ses clients. Brillant…
24 septembre, 2009 à 16 h 20 min
Hmmm…
Je suis encore plus surpris de la réponse reçu en privé par Seth Godin:
« if you don’t want to buy it, don’t buy it.
thanks for reading, though! »
24 septembre, 2009 à 16 h 31 min
Je suis passablement surpris également Laurent, quel étonnement de la part de Seth !
Il répond à une nana là : http://outspokenmedia.com/reputation-management/seth-godin-brandjacking/#comment-6073
Apparemment ça commence à bien tourner dans la sphere digital marketing cette histoire, restons connectés
24 septembre, 2009 à 16 h 35 min
Pour pouvoir faire pression sur les marques, ces pages doivent être correctement indexées…
Je pense que ca va être compliqué puisqu’elles sont en total duplicate content par essence ! (contenu scraper = contenu dupliqué !)
Si ces pages ne sont pas visibles, elles ne servent à rien
24 septembre, 2009 à 16 h 39 min
@Parquet Alsace : le duplicate est un mythe « selon Google » http://googlewebmastercentral.blogspot.com/2009/09/duplicate-content-and-multiple-site.html
Seth Godin a peut-être tout simplement besoin d’argent pour sortir un truc comme ça?
24 septembre, 2009 à 19 h 22 min
Ce n’est pas un mythe et si on scrape aux bons endroits et que notre site est assez populaire, ça passe et il le sait bien.
25 septembre, 2009 à 14 h 22 min
Beaucoup de commentaires intéressants sur le sujet à lire via
Google Sidewiki (cliquer sur le lien en bas de page « Afficher toutes les entrées »
Merci JM Le Ray pour le lien
25 septembre, 2009 à 14 h 34 min
Euh, je ne vois pas ce lien en bas de page??
25 septembre, 2009 à 14 h 39 min
T’es logguée sur ton compte GG ?
25 septembre, 2009 à 14 h 49 min
voui monsieur, je suis toujours logguée sur mon compte GG
regarde
http://twitpic.com/j22v1
je ne cherche pas au bon endroit??
25 septembre, 2009 à 14 h 54 min
Heu…
Peut-être que j’ai téléchargé la barre d’outils avec SideWiki.
…Oui je crois bien que c’est ça.
M’enfin il doit bien y avoir un moyen de voir toutes les entrées sans la barre d’outils GG ?!
25 septembre, 2009 à 14 h 57 min
Allez on va installer la barre d’outils, on n’est plus à ça près, mon navigateur ressemble au cockpit d’un avion de chasse
25 septembre, 2009 à 15 h 02 min
ok il faut bien installer la barre en question, je frissonne quant à l’idée d’être encore plus connectée à Google que je ne l’étais déjà avant
25 septembre, 2009 à 17 h 32 min
Pas moyen de voir ça sans la barre ?
L’intervention de Danny a éveillé ma curiosité mais je ne veux pas de la toolbar
25 septembre, 2009 à 17 h 52 min
C’est le commentaire de Danny qui est le mieux (moi je fais que spammer
)
)
Voilà un screenshot . Il manque juste un commentaire sur une autre page, mais il dit rien de fabuleux.
(vais pas le faire tous les jours, hein
25 septembre, 2009 à 18 h 06 min
You rock
26 septembre, 2009 à 5 h 22 min
énorme le coup des 400$
26 septembre, 2009 à 14 h 46 min
J’ai rajouté un fin d’article une traduction du billet d’hier sur le blog de Seth Godin.
Il démontre donc une excellent rapidité d’adaptation puisque son outil a désormais évolué en fonction de la critique.
26 septembre, 2009 à 16 h 33 min
Je ne suis pas très sure que tu emploies le mot « terrifique » à bon escient. Ca veut dire « effrayant ».
Seth utilise le terme « terrific » qui veut dire « incroyable, phénoménal, sensationnel ».
Sur le fond je ne peux qu’apprécier son changement de cap
26 septembre, 2009 à 17 h 00 min
Corrigé merci
27 septembre, 2009 à 18 h 46 min
[...] c’est-à-dire quand j’en aurais besoin. Laurent en a fait un billet et c’est avec de vraies balles et un gros calibre qu’il tire sur une personne qu’il apprécie pourtant beaucoup pour tout ce qu’il [...]
25 novembre, 2009 à 21 h 28 min
Est-ce que je me trompe ou il s’agit de proposer aux marques un suivi de réputation ?
Sinon a quoi cela sert-il de faire cette compilation d’information ?
S’il s’agit bien de compilation de réputation sur le net, les $400 ne sont pas astronomique.